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16 juin 2025 – Journée de l’Enfant Africain : En Guinée, entre engagement institutionnel et réalités communautaires contrastées

Le 16 juin de chaque année, l’Afrique se souvient des enfants de Soweto, massacrés en 1976 pour avoir manifesté contre une éducation discriminatoire. Cette journée est aujourd’hui un symbole continental de lutte pour la reconnaissance, la protection et la promotion des droits de l’enfant.

Le thème de l’édition 2025, « Planification et budgétisation des droits de l’enfant : progrès depuis 2010 », interpelle les États africains sur la nécessité de traduire les engagements en faveur des enfants en investissements réels, visibles et mesurables.

Une invitation à joindre les actes aux paroles

Depuis 2010, plusieurs pays africains, dont la Guinée, ont renforcé leur arsenal juridique et adopté des politiques nationales en faveur des enfants. Cependant, le principal défi reste la mise en œuvre effective, qui dépend fortement de la volonté politique traduite en budgets concrets et ciblés.

En Guinée, des progrès sont notables :

  • Adoption du Code révisé de l’enfant (2019) ;
  • Élaboration de la Politique nationale de protection de l’enfant (PNPE) ;
  • Création d’un programme budgétaire dédié à l’Enfance dans le budget de l’État ;
  • Mise en place progressive du Suivi Budgétaire Sensible aux Enfants (SBSE).

Mais les ressources allouées à la protection de l’enfant restent insuffisantes, fragmentées et inégalement réparties, en particulier au niveau décentralisé. Les secteurs prioritaires pour l’enfance (éducation, santé, justice juvénile, protection sociale) pâtissent encore de sous-financements chroniques.

Les réalités communautaires : les enfants encore trop exposés

  • Dans les zones rurales de Labé, Kankan ou Nzérékoré, des filles de moins de 15 ans sont mariées, parfois échangées contre des biens symboliques.
  • À Conakry et Labé, des enfants talibés errent dans les rues, soumis à l’exploitation, faute d’alternatives éducatives adaptées.
  • Le travail précoce reste courant dans les marchés, les garages, les plantations, où des enfants peinent à concilier labeur quotidien et scolarisation.
  • De nombreuses familles ignorent les lois de protection ou considèrent certains abus comme normaux, faute de sensibilisation ou d’accès aux services.

La coordination nationale : un levier pour rationaliser les efforts

Face à cette situation, la Direction Nationale de l’Enfance (DNE) joue un rôle de chef d’orchestre dans la coordination des interventions. Elle s’emploie à :

  • Structurer et dynamiser les mécanismes intersectoriels (éducation, santé, justice, sécurité) ;
  • Animer les cadres de concertation multi-acteurs (ONG, collectivités, PTF) ;
  • Piloter la mise en œuvre d’une programmation budgétaire intégrée pour l’enfance ;
  • Suivre les progrès à travers des indicateurs budgétaires sensibles à l’enfance.

Cependant, la portée de ces initiatives est freinée par des limites structurelles : centralisation excessive, insuffisance de données désagrégées, manque de ressources humaines formées et faibles capacités des collectivités à intégrer les droits de l’enfant dans les plans locaux.

Des pistes pour résorber le déficit de protection au niveau communautaire

Dans l’esprit du thème 2025, il est urgent de consolider la chaîne entre la planification nationale et les actions communautaires concrètes :

1. Budgétiser la protection de l’enfant au niveau local

  • Intégrer des lignes budgétaires spécifiques dans les Plans de Développement Local (PDL) des communes pour l’éducation, la santé, la nutrition, la protection.
  • Outiller les élus locaux à la planification participative sensible aux droits de l’enfant.

2. Renforcer les mécanismes communautaires

  • Former et équiper les Comités Locaux de Protection de l’Enfant (CLPE) pour assurer la prévention, le signalement et la médiation.
  • Soutenir les initiatives d’enfants ambassadeurs et les clubs de jeunes pour qu’ils deviennent des relais de plaidoyer.

3. Sensibiliser et mobiliser les acteurs sociaux

  • Cibler les leaders religieux et coutumiers, les familles et les enseignants pour changer les normes et comportements nocifs.
  • Multiplier les campagnes éducatives dans les langues locales à travers radios communautaires, pièces de théâtre, BD ou caravanes.

4. Suivre les engagements budgétaires

  • Encourager la redevabilité sociale à travers des plateformes communautaires de suivi des dépenses publiques.
  • Publier chaque année un rapport de suivi budgétaire sensible aux enfants, accessible au public.

Le thème du 16 juin 2025 est un appel à institutionnaliser et financer durablement les droits de l’enfant. En Guinée, malgré des textes solides et des efforts de coordination portés par la DNE, le défi majeur demeure l’opérationnalisation dans les communautés.

Chaque acteur, qu’il soit État, collectivité, ONG, parent ou enfant, a un rôle à jouer pour faire des droits de l’enfant une priorité visible dans les budgets, les projets et les mentalités.

Le droit de grandir protégé ne doit plus être un luxe, mais une réalité partout en Guinée.

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